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Guy Paul Chauder : La construction du remords
Vision d’abord translucide, puis brusquement opaque, ombre d’un bleu plus profond sur l’outremer, l’île a surgi, là. Immense. Comme elle disparaîtra, demain. Incertaine ; Elle est pourtant d’une nature si dure, si compacte, si hérissée que l’on s’y blessera, à la toucher ! Ecorché, on voudra repartir. Mais partir pour revenir, dans ce mouvement toujours recommencé, flux et reflux des superpositions innombrables qui font surgir une couleur tout à la fois transparente et d’une densité trouble, minérale.
Masse qu’il a fait fondre pour nous, Guy Paul Chauder, qu’il a fit couler, sécher, durcir, tour à tour éclatante et mate, aux reflets profonds. La matière sablée traverse, modèle et reconstruit la toile de la voile. De la voile affalée. La voile qui, par moments, en plis laqués d’une réminiscence baroque, conserve dans la corde et l’anneau le souvenir du voyage, et peut-être jusqu’au sel du vent, la voile qui peut aussi se laisser tendre, étale, nette, dans la géométrie du cadre qui la prolonge exactement et la ponctue. Elle montre alors, dans l’écriture transversale de la couture, une de ces traces que le peintre nous appelle à déchiffrer. On les retrouve aussi, ces écritures d’errance, verticales, comme les piliers d’une escalade en sagesse, ou comme les manuscrits dans d’autres profondeurs de la toile morte, qui affleure à nouveau, et va revivre. Palimpsestes, parchemins aux messages assourdis par la musique du temps…
Avec son « éloge de l’ombre », Junichiro aussi, m’est revenu, devant ces reflets profonds, ces couleurs sourdes qui semblent créées par un très long usage : lustrés, frottements, empreintes, imprégnation, usure où la poussière du temps mélange ses noirs profonds, ses terres brûlées et ses gris incertains. Et comme dans un remords, peut-être, des bleus qui vont verdir.
Le lieu de ces voiles échouées, de ces voiles détournées, c’est l’atelier de Chauder, qui domine la mer, la mer qu’elles ne peuvent oublier. Mais il y laisse aussi pénétrer le rocher, le corps de l’île, toile de fond minérale qui hérisse l’espace lisse, géométrique, ordonné : la texture de la paroi brute se confondrait presque avec les « stratifications d’ombres » des toiles peintes. Et sur le grand chevalet, là, surprise : un labyrinthe ! Et puis non, à la réflexion, ce n’est pas une surprise : l’espace de l’île est bien là, que nous partageons. Finitude qu’il faudra transcender, rue de l’itinéraire pour allonger le chemin, enrichir les occurrences du voyage ! Labyrinthe du jeu et de la quête, labyrinthe de l’initiation qu’elle imprime dans nos chairs, l’île écriture, l’île gravure, l’île blessure, pour voir surgir, peut-être, après l’ombre du labyrinthe, l’île lumière…
Anne Meistersheim
Parcours
REPÈRES BIOGRAPHIQUES
Né en 1946.
Vit et travaille en Corse.
Études des Arts du feu et de sculpture à Paris, et première exposition à Cimaise de Paris en 1962. Au cours des années 60, il s’établit à Londres (exposition de groupe Galerie APPLE) et fait un long séjour en Suède, Galerie 66 et Galerie A, à Stockholm et au Danemark à la Galerie PASSE PARTOUT et à la Galerie Karl KAAGE. C’est lors d’une exposition à Horsens qu’il fera la connaissance de Gunnar BERG. Cette rencontre l’éveillera à la musique contemporaine, en collaboration à une composition musique/peinture avec le Maître, à une approche non-figurative qui l’établira par la suite dans son travail.
De retour en France, il crée le « groupe Pluriel » mais s’en détachera rapidement afin d’aboutir à une figuration qu’il trouve dorénavant sans issue picturale. La fracture Figuration/Abstraction se fera peu de temps après son installation en Corse en 1979. Il expose ses premières pièces non-figuratives chez AGORA, avec André et Markita MAMBERTI-DIAZ et François BECHETOILLE à Marseille en 1987.
Remarqué lors d’une exposition à Paris par Jean-Pierre LAVIGNES, il entre à la Galerie LAVIGNES BASTILLE où il exposera plusieurs années. C’est certainement cette rencontre ainsi que celle du marchand danois, Karl OLSEN qui lui présentera le peintre SHAFIC ABBOUD qui fortifiera sa démarche vers un « VRAI » pictural.

En 1993, suite à la fermeture de la galerie AGORA, il entre chez Francette et Jean SORDINI. Le climat de sérieux et d’amitié de la Galerie SORDINI est propice à son travail en perpétuelle évolution.
Depuis plusieurs années, il expose chez Jean de MERRY à Los Angeles, à la Galerie GOUR-BENEFORTI en Corse et, depuis 2010, travaille avec la Galerie Christine PARK à Paris et Séoul. La Galerie de GRANCY que dirigent Lara et Walid HANNA expose ses œuvres à Lausanne.
L’émergence méditerranéenne qui apparaît dans son travail pictural se concrétise par son engagement dans l’association « PERSPECTIVES MÉDITERRANÉENNES » dont il est le Président, avec pour objectif la création d’un Fond d’Art Contemporain Méditerranéen.
Grande rétrospective d’Octobre 2014 à Janvier 2015 « En équilibre entre deux mondes parcours de 1962 à nos jours » au Palais des Gouverneurs MUSÉE DE BASTIA organisée par la Collectivité Territoriale de Corse et Les Musées de Corse et la Ville de Bastia.





